« Ad augusta per angusta », de grandes choses à travers des voies étroites.

 

Jamais cette devise n’aura été aussi juste pour les membres de l’ARCHEO-SPELEO CLUB ALBIGEOIS, après leur découverte à l’Aven de la Planasse.

Après plus de vingt ans de travaux, la Planasse a enfin dévoilé une grande partie de ses secrets aux spéléos de l’ASCA et autres, qui se sont joints à nous pour mener à bien ces travaux.

 

AVEN DE LA PLANASSE

Historique des travaux de désobstruction

A l’origine, Paul Mazaleyrat qui est, à 80 ans passés, le vétéran du club, signale lors de ses campagnes de prospection un petit trou d’où sort un violent courrant d’air. C’était en 1969.

Les premières désobstructions commencent en 1977. Après plusieurs séances, la côte –52 m est atteinte le 17 février 1980, et un premier article est publié (Yves Bousquet, Travaux et Recherches N° 16).

Les travaux continuent, mais avec plus ou moins d’enthousiasme, car d’une part la tâche n’est pas facile à cause de l’argile, et d’autre part le club découvre et explore de nouvelles cavités sur le Causse d’Anglars.

Les désobstructions reprennent en 1983, mais sont à nouveau interrompues pour reprendre en 1986, où la découverte d’un nouveau réseau agrémenté d’un fort courant d’air à la côte – 76m ne peut que nous motiver .

C’est en 1992, qui sera une année forte pour la Planasse, que la côte –90 m est atteinte et c’est le début du « tunnel », méandre très étroit d’où sort un violent courant d’air qui est le guide de nos espoir et au bout duquel nous ne soupçonnions pas une aussi belle première quelques années plus tard. Malgré cela, en 1993 et 1994, l’ASCA travaille surtout sur le Ravin de Laussière avec l’espoir de trouver un regard sur l’alimentation du gourp de Féneyrols, lequel est peut être en rapport avec la Planasse (ce qui sera d’ailleurs confirmé par la coloration de janvier 2001).

Les travaux reprennent sérieusement à partir d’Octobre 1994 et début 1995, avec d’importantes désobstructions et des étais pour maintenir les déblais.

C’est alors que face aux difficultés des travaux sur un week-end, le club organise un camp d’une semaine, qui aura lieu chaque année à période fixe, à savoir la dernière semaine du mois d’Août. D’autres clubs sont invités à y participer(EST, Abîmes, OURS, CRES Mérignac).

Les deux premiers camps, en 96 et 97, permettent d’avancer considérablement la désobstruction malgré le problème du stockage des déblais. Les travaux sont difficiles et contraignants mais le fort courant d’air sortant de la fissure que l’on suit, l’eau qui y circule et l’écho que l’on perçoit sont des indices prometteurs. Un visionnage avec la caméra SAIVE ainsi que des analyses de C02 viendront aussi étayer nos théories (merci Toto).

Peu après le deuxième camp, il y a eu une journée mémorable ou plus de 100 seaux de gravats seront remontés depuis le début du « tunnel » jusqu’à la « salle à manger » sur plus de 20 mètres d’étroitures et de petites verticales.

Le troisième camp débute le 20 août 1998 avec le rééquipement de la cavité et, le mercredi 26 août 98 ça passe enfin après avoir creusé le méandre sur 24 mètres.

Un puits de 36 mètres nous dépose directement sur la rivière, et là, c’est pratiquement 2800 m de réseau à une profondeur de 135 mètres qui sont découverts et explorés.

 

Haut de Page 

 

Contexte géologique

L’aven s’ouvre sur le versant nord du massif de la Grésigne dans les calcaires de l’hettangien sinémurien. Tectoniquement le réseau s’est formé grâce à la présence d’une faille orientée Nord 25° et c’est la direction principale de la cavité. Dans la rivière, une série de cassures orientées est-ouest (presque perpendiculaires à la faille initiale) provoque des changements d’orientation du réseau. Plus intéressant, l’orientation générale suit la zone broyée repérée en surface par Bernard Gèze en 19.. jusqu’au dolmen de Vaour. Particularité géologique : le plafond de la salle Jean Lautier est constitué par une sorte de conglomérat avec la présence d’énormes blocs liés entre eux par un ciment calcaire. Il s’agit certainement d’un paléokarst comblé par des dépôts détritiques qui a fonctionné à nouveau ; la rivière ayant vidé la galerie d’une partie de son remplissage.

 

Haut de Page 

 

Description du réseau principal

La partie artificiellement agrandie débouche à – 4 m sur une étroiture qui est le sommet d’un puits de 6 m suivi d’un puits de 10 m. Il ne faut pas arriver au fond de celui-ci mais penduler pour accéder à une galerie qui mène à une vire traversant l’accès à l’ancien réseau. De l’autre côté un ressaut incliné donne accès au sommet d’un beau puits de 17 m, suivi, après un rétrécissement d’un puits de 13 m très corrodé.

Nous arrivons à la salle à manger à –62 m, dont on ne peut que remarquer l’aménagement du sol grâce à nos seaux de gravats. De la salle à manger jusqu’au « tunnel », il y a 25 mètres à faire en désescalade tout en observant le travail de désobstruction au passage. Ensuite, c’est le fameux « tunnel »artificiel ou Pas de l’Utopie, débouchant sur un puits de 36 m, confortable, qui arrive sur une rivière qui n’est en fait qu’un affluent. Celui-ci a pu être remonté en période d’étiage sur plus de 600 mètres après le passage de huit voûtes mouillantes. Il se termine d’un côté sur un siphon et de l’autre sur une belle salle ovoïde concrétionnée dans sa partie calcaire, l’autre partie étant carrément dans du grès. C’est le réseau Amphibien.

Vers l’aval, il faut se baisser un peu puis ramper sur une dizaine de mètres avant d’arriver dans la galerie spacieuse. De droite, arrive la rivière principale que l’on remonte sur 500 m après quelques passages aquatiques. C’est dans cette partie que se trouve la salle Jean Lautier, de dimensions forts respectables (180 m x 30 m x 20 m) et bien concrétionnée. Arrêt sur un siphon bas avec une épaisseur importante au sol de graviers et d’alluvions. Un autre siphon, rive droite avant l’entrée de la salle alimente lui aussi la rivière.

Retour au confluent pour continuer vers l’aval. D’abord, la rivière, que l’on parcours sur 300 m avec de l’eau jusqu’à mi-cuisses au milieu de belles coulées blanches. Une centaine de mètres après, un passage bas nécessitant un bain et siphonnant lors de grosses pluies, la rivière se perd en période d’étiage sur la gauche (impénétrable et vite saturé). Nous continuons vers le fond dans une galerie imposante, en conduite forcée, sur 900 m environ. La pente est faible, et après une mise en charge, l’eau y reste assez longtemps. La progression se fait toujours ensuite dans l’eau, mais entre deux parois tapies d’argile, avant de découvrir la « Dune du Pilat ». Cette montagne, mélange de sable et d’argile, mesure 30 m de long pour une largeur de 15 m et une hauteur moyenne de 6,50 m, soit pratiquement 3000 m3 d’argile, de quoi faire le bonheur d’une génération de potiers. Toute la partie aval sera nommée réseau Calmettes, en souvenir de Jacques Calmettes, membre du club, disparu trop tôt en 1989 à l’âge de 20 ans.

Ensuite, après quelques escalades glissantes et exposées, et un ressaut à équiper, nous arrivons au premier siphon aval. Nous sommes à 1,5 km du fond des puits.

Il est plongé le 5 juillet 99 par notre plongeur. Le siphon ne fait que 30 m de long pour une profondeur de 2 à 3 mètres. Ensuite il découvre une belle salle de décantation avec encore une grande dune d’argile.

 

Haut de Page 

 Les explorations

Pendant deux ans, le club a cherché en vain des galeries fossiles en escaladant et en remontant les puits donnant sur la rivière. Peu avant le siphon aval, un réseau a été exploré sur une centaine de mètres. Son nom, le Grand Cloaque, économise une description précise.

Le quatrième camp n’a pas permis de grosses découvertes. Des essais avec des fumigènes se sont fait. Un exutoire du courant d’air sera trouvé dans le ruisseau de la Fage, au Trou de la Science, mais le travail de désobstruction est énorme.

Seule une escalade, à la moitié du réseau, a permis de découvrir une galerie fossile, baptisée le réseau postal, qui remonte vers la surface.

Le 26 mars 2000, un repérage radio BPS est fait avec Daniel , du SCLQ, un spécialiste de ce système. Celui-ci confirme, un, la monstruosité des travaux au trou de la Science, et deux, que le réseau postal n’est qu’à 11 mètres de la surface. C’est donc là qu’il faut passer. Ce sera l’Aven de Roque Noval (nom cadastral du ruisseau de la Fage). Un courant d’air avait déjà été repéré et « gratté » à proximité en 1988 et 1992.

 

Haut de Page 

 

L’AVEN DE ROQUE NOVAL 

Les travaux et leur intérêt

 Le percement de Roque Noval va nous occuper 11 jours pleins pour creuser 11 m 40 de roches et retrouver le réseau postal et la rivière de la Planasse le 17 juin 2000, soit en moyenne 1 m par journée de travail.

Mais cela a représenté une mise en œuvre considérable. Après avoir contacté les différents propriétaires des parcelles, il a fallu ouvrir un chemin à la tronçonneuse pour amener un compresseur de chantier (prêté par Jean Pierre d' Espé 12, que nous remercions) dérouler 250 mètres du tuyau polyéthylène pour l’air comprimé du marteau piqueur et de la foreuse, et installer une chèvre pour évacuer les déblais.

Cette entrée, sécurisée et fermée par une porte étanche pour recréer les conditions naturelles et pour des raisons de protection, présente de nombreux intérêts, et non des moindres. Elle permet de se rapprocher considérablement du siphon aval, qui est maintenant à peine à 1000 mètres.

Elle débouche après la voûte mouillante qui siphonne lors de fortes pluies. C’est donc une sécurité accrue et un regard sur la rivière à tout moment. Enfin, elle offre la possibilité d’effectuer une traversée.

 

Haut de Page 

 

Description

Après le puits d’entrée de 11 m, 60 mètres de galerie, avec un joint de strate bien décollé au départ nous mènent à un puits de 6 mètres. Encore 20 mètres de progression, et un enchaînement R4, P7 et R4 jusqu’à la rivière.

 

Haut de Page 

 

Le 5ème camp d’été

Il a lieu à Vignières du 19 au 27 août 2000. L’objectif est le pompage du siphon aval et l’exploration post-siphon. Nous connaissons sa faible longueur et savons qu’il y a du volume derrière (plongée de Juillet 99). La nouvelle entrée de Roque Noval nous facilite la tâche pour un pompage, seul moyen pour les non plongeurs de passer. Celui-ci nécessitera tout de même la mise en place d’un kilomètre de câble électrique et autant de câble téléphonique, soit tout de même 500 kg et 4 jours de travail. L’acheminement et la mise en place d’une pompe immergée avec 100 m de tuyaux, et 24 heures de pompage pour 250 m3 d’eau, avec 5 équipes de 3 spéléos qui se relaieront pour surveiller et déplacer la pompe.

Ce pompage s’est effectué de façon peu orthodoxe. En effet, notre plongeur, repasse le premier siphon avec le tuyau, que nous poussons tant bien que mal de l’amont. Il fixe celui-ci au sommet de la butte d’argile, afin que l’eau s’écoule naturellement vers l’aval

La pompe immergée , prêtée par la STEMA de Cambon d’Albi est une « Flygt Ready 8 », monophasée 230 volts immersible jusqu’à 5 mètres, d’une puissance de 0,75 kw et pesant 11,5 Kg. Elle refoule 10 m3/h à 10 m.

Nous découvrons 120 m de galerie de fort belle dimension (15 m x 15 m) avec une grande dune d’argile et sommes arrêtés par un second siphon.

Notre spéléonaute plonge le 17 septembre, mais doit s’arrêter au bout de 120 m car il n’a plus de fil d’Ariane. Actuellement, le développement complet de la cavité est de 3387 m pour une profondeur de –154 m au bord du siphon 2.

 

Haut de Page 

 

La coloration des 26,27 et 28 janvier 2001

Suite à l’échec d’une première coloration en Mars 99, nous avons décidé cette fois-ci, de ne rien laisser au hasard et de mettre toutes les chances de notre côté. Nous avons donc programmé une opération de grande envergure, en collaboration étroite avec le CDS et sa commission scientifique qui a fourni tout le matériel nécessaire.

Le vendredi 26 à 17 heures, c’est 10 kg de fluorescéine qui étaient déversées dans la rivière, en rentrant par Roque Noval. (débit estimé 200 litres seconde).

En même temps des fluo capteurs sont disposés à 18 points de contrôle, à savoir 16 résurgences de la Vallée de la Vère à la Vallée du Cérou, les principales étant le long de l’Aveyron, deux autres étant dans cette rivière.

L’hébergement ainsi qu’un labo de fortune pour révéler les fluo capteurs sont installés dans la salle des fêtes de Vaour, aimablement prêtée pour cette opération.

Ce sont 35 spéléos de cinq clubs du département qui se sont relayés, en surveillance visuelle, en changeant les fluo capteurs toutes les deux heures pour les résurgences principales, et uniquement en changeant les fluo capteurs toutes les 6 heures pour celles à faible débit.

133 fluo capteurs seront révélés à Vaour sur 220 posés (car certains étaient en double).

La détection visuelle s’est produite le dimanche 28 janvier à 2 h 00 à la résurgence de FENEYROLS, soit 33 heures après l’injection pour une distance linéaire de 8 Km (estimation 224 m/h). Elle est située dans le prolongement du réseau de La Planasse suivant la direction nord-est sud-ouest relevée sur les 3 premiers kilomètres de celui-ci.

Aucune autre résurgence n’a présenté de trace de colorant dans les quinze jours qui ont suivi la coloration.

Il a plu du vendredi soir au dimanche matin et Feneyrols a atteint son pic de crue le lundi.

 

Haut de Page 

 

  [ Accueil ] [ Situation & Accès ] [ Topographie ] [ Historique ] [ Coloration ] [ Photos ] [ Historique du Club ] [ Rapports Activités ] [ Autres Travaux ] [ Diaporama ] [ Plan du Site & Contact ] [ Actualité 2008 ]
 
Copyright © ASCA -- M@rc PUECH 2001-2008